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Articles et publications en français - Présentation synthétique du "globish" par Claire Aubé, journaliste
Le globish, résumé par Claire Aubé (journaliste à "Enjeux/les Echos") pour son intervention introductive en interview de l’auteur, Jean-Paul Nerrière, sur la radio BFM le 23/04/2004.
Si vous travaillez dans une grande entreprise, vous avez sûrement assisté à la scène suivante: le président français de cette grande entreprise française haranguant en anglais des cadres dirigeants en grande majorité français. Au grand désespoir des défenseurs de la langue française, de plus en plus d’entreprises utilisent l’anglais, non seulement dans les échanges avec leurs partenaires étrangers ou dans les rapports financiers et sociaux, mais aussi dans leurs publicités et même pour communiquer en interne. La logique affichée par ces entreprises est simple : il faut faciliter les échanges et la communication ; avec des salariés et des clients aux quatre coins du monde, mieux vaut instaurer l’anglais comme première langue dans l’entreprise, quitte à mettre de côté ses origines françaises. Mais si au lieu d’obtenir une communication fluide entre salariés de tous pays, on aboutissait à l’effet inverse : des échanges bloqués, une communication bouchée, et des cadres dévorés par la frustration ? C’est vrai, il n’y a rien de plus frustrant que d’avoir des compétences et de ne pas pouvoir les exprimer. Et il n’y a rien de plus courant que ces réunions, où faute de maîtriser la langue de Shakespeare… on se tait. Exemple typique : vous être convoqué à une conference call pour décrocher le client du siècle. Mais l’échange se fait en anglais, et le temps de formuler dans votre tête la remarque pertinente et judicieuse qui vous ferait remarquer du grand chef, on est déjà passé à un autre sujet. C’est classique mais ça énerve toujours. C’est un peu comme quand à l’école, on connaît la bonne réponse, mais le temps qu’on se décide à lever la main… il est déjà trop tard. Le pire, c’est que ces réunions permettent à des incompétents notoires mais hélas meilleurs anglophones de s’exprimer. C’est généralement à ce moment là que, frustré mais complexé, on décide de se remettre « sérieusement » à sa grammaire anglaise. On achète trois méthodes différentes de langue, on entasse cassettes et cd dans la voiture et parfois, effort suprême, on s’inscrit à un cours du soir dont les publicités ornent les couloirs du métro parisien et nous narguent. Après une journée de travail bien remplie, choisir d’aller suer à grosses gouttes sur une version anglaise peut sembler un brin masochiste. Mais chacun sait qu’écrire sur un cv : « anglais deux points scolaire » ou pire encore « notions » serait carrément kamikaze. Ne pas bien parler anglais, c’est non seulement rédhibitoire sur un cv, c’est aussi ringard. Parler anglais, c’est cool, c’est in, c’est top. Surtout quand les jeunes générations biberonnées au « Just do it » et autres slogans affichent fièrement leur bilinguisme. Bilinguisme supposé, car la vérité, c’est que nombreux sont les cadres français, jeunes et moins jeunes, qui ne sont pas du tout « fluent ». Heureusement, le premier manuel de globish vient se sortir, écrit par un ancien vice-président d’IBM Etats-Unis, s’il vous plaît, mais quand même bien de chez nous. Le globish- rien à voir avec le gloubi-boulga de nos trentenaires régressifs- le globish donc, ce n’est pas de l’anglais, bien que ça en soit dérivé, ce n’est même pas une langue. C’est le dialecte parlé par un Français quand il rencontre un Danois ou par un Néerlandais discutant avec un Argentin. C’est un outil de communication mondiale qui vise l’efficacité. On ne cherche pas à impressionner son entourage par sa maîtrise de subtilités linguistiques mais à conclure des affaires. Une phrase essentielle en globish, et dont ne peut nier le caractère universel, c’est : « Business first ». Le globish s’apprend vite. Il ne compte pas plus de 1500 mots. Si vous ambitionnez d’aller au-delà, attention : vous désirez en fait apprendre l’anglais. Mais surtout, le globish a un effet libérateur. Les globiphones – puisque c’est ainsi qu’il faut les appeler - disposent d’un avantage sur les anglophones natifs : ils sont plus nombreux. En effet, 88% des habitants de cette planète n’ont pas l’anglais pour langue maternelle. Français, Néerlandais ou Brésiliens se comprennent très bien quand ils s’expriment en globish. Ils sont habitués aux fautes de syntaxe, au vocabulaire hésitant et aux accents multiples, alors qu’un Anglosaxon ne comprend finalement bien qu’un autre Anglosaxon. Et encore. Le manuel de globish a de quoi rassurer et décomplexer tout cadre de multinationale. C’est un message subversif qu’il nous délivre : Globiphones de tous pays, unissez-vous et prenez le pouvoir : à la prochaine réunion tenue par un Texan au débit aussi rapide qu’incompréhensible, demandez-lui en articulant soigneusement : « Could you repeat in globish please ? » Date de création : 10/05/2004 - 12:13 | Vient de paraître
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